Suite à une conférence donnée hier par Frédéric Heinrich sur la problématique des données sous Solvabilité II, nous revenons vers vous sur ce point qui nous semble cruciale et quelque peut délaissé par le marché français.
Cette problématique intervient aussi bien au niveau national qu'au niveau entité.
Au niveau national, la mise en place d'un entrepôt de données suffisamment fiable et exhaustif doit être mené afin d'assurer l'adéquation des chocs de la formule standard avec les particularités du marché français. En effet les mesures de niveau 2 sont calibrées via les informations des pays présentant le plus de données nationales. Pour l'heure ces informations sont issues du marché allemand et du UK.
Ensuite, un calcul best estimate doit, en toute logique, être basé sur des lois d'expérience. Une création ex nihilo nous semble délicate dans le cas des compagnies présentant des portefeuilles des taille critique. Un recours consiste alors à construire des tables d'expérience sur la base de positionnements par rapport aux tables de marché. Le passage de la TPG93 aux TGH-TGF05 nous montre la nécessité de mettre à jour régulirèment ces tables de marché sous peine d'introduire dans les calculs de forts boni mali, en inadéquation avec le principe best estimate. Pour cela, il semble donc nécessaire de disposer d'un entrepôt de données au niveau national permettant de construire des tables d'expérience segmentées par profiles de risques.
Au niveau de l'entité, la problématique des données nous paraît cruciale, pour ne pas dire vitale. Le passage de solvabilité I à solvabilité II s'accompagne du passage du déterministe au stochastique. Or ce passage peut présenter un effet pervers, à savoir l'apparition de modèles cherchant à modéliser la totalité de la volatilité pesant sur l'engagement. En l'absence d'une information exhaustive permettant de modéliser les risques et leur interdépendance, cette pratique conduit rapidement à des modèles s'avérant in fine ininterprétables et instables. Ce point est en totale opposition avec l'esprit de la norme qui doit permettre de mieux connaître son risque, et il nous semble préférable d'adopter dans ce cas des méthodes cherchant à modéliser non pas les risques mais leurs impacts sur certains indicateurs de risque tel le S/P. Le lecteur intéressé pourra se rapporter à un article publié par Jean Paul FELIX et Frédéric PLANCHET dans le numéro 18 du BFA.
Selon nous la mise en place du calcul du best estimate, et encore plus la mise en place d'un modèle interne, doit s'accompagner d'une analyse méthodique des risques présentant un réel impact sur la société, et des risques pouvant être correctement modélisés. Cette analyse doit être menée non pas pour répondre à la question "quel modèle dois-je retenir?", mais en premier lieu "de quel information je dispose et quels sont les données nécessaires afin de connaître mon risque?". Ceci permet d'éviter le risque de modèle, et de cibler les lacunes en termes de connaissances du risque de la compagnie