Au-delà d’un aspect qualitatif, le pilier 2 intègre une importante part quantitative via la mise en place de l’ORSA (article 45 de la directive). Ce dispositif a pour objet d'une part de s'assurer que la compagnie est en mesure de calculer et maîtriser ses risques et d’autre part de s'assurer qu’elle est suffisamment capitalisée et ce à n’importe quel moment. Cette mise en place va donc conduire les compagnies d'assurances à développer une stratégie de risk appetite.
Cette notion d’appétit pour le risque (ou appétence au risque, les deux termes étant souvent employés) a vue le jour en 2002 suite à la mise en place du Committee Of Sponsoring Organizations of the Treadway Commission 2 (COSO 2) et correspond au niveau de risque maximal qu’une entreprise accepte de prendre afin d’accroître sa valeur. Au-delà d’une simple déclaration de ce risque maximal (risk appetite) ce dispositif a pour objet d’identifier un ensemble de stratégies (allocation d’actifs, stratégie commerciale) permettant d’atteindre les objectifs définis par son plan stratégique et ce avec un certain aléa (risk tolérance et risk limite).
Ce processus est établi en retenant :
- l'ensemble des risques pesant sur la compagnie (dans le cadre de l'ORSA il s'agit a minima des risques de la formule standard) ;
- l'impact de la stratégie future (allocation, vente de nouveaux contrats) ;
- de contraintes (autorité de contrôle, actionnaires, assurés);
- d'un choix d'une attribution des risques (au prorata des poids du SCR, en recherchant la mutualisation de risque maximale,....).
L’ORSA (Own Risk and Solvency Assessment) s’intègre donc dans une optique de recherche du risque maximal que peut supporter la compagnie sous la contrainte de présenter en permanence un actif net supérieur à son SCR. Il s’agit donc d’une version allégée de l’appétit pour le risque dans le sens ou seule la dimension de la solvabilité est retenue (ou du moins a minima). On remarquera que le fait de retenir la solvabilité comme unique dimension permet de fixer uniquement des limites maximales de risque (mais n’indique pas le niveau minimal de risque que doit prendre la compagnie afin de rester compétitive ou attractive pour des investisseurs). Ainsi, il sera préférable de bâtir un processus d'ORSA intégrant au moins deux dimensions : la solvabilité (mesurée via le SCR) et la rentabilité (mesurée par exemple via une earning at risk sur la MCEV ou la valeur des fonds propres). Ceci permettra de définir non pas un plafond d'allocation mais un intervalle (le plancher étant la conséquence de contraintes sur la rentabilité de la compagnie).
Nous ne manquerons de revenir sur ce sujet lors de prochains billets.