La crise sur les dettes souveraines (abordé notamment dans ce blog ici et là) met à mal le référentiel prudentiel Solvabilité 2 qui n’avait pas prévu de telles situations. La situation récente - en particulier dans les pays du sud de l’Europe - est caractérisée par :
- une baisse des taux swaps (qui sont utilisés comme taux d’actualisation des engagements d’assurance)
- et en parallèle une hausse des taux govies (dans lesquels les assureurs ont investi).
La conséquence de cette situation sur le référentiel Solvabilité 2 est d’avoir :
- une hausse des engagements d’assurance ou BEL (suite à la baisse du taux swap),
- une baisse de la valeur de marché des actifs (suite à la hausse des taux govies),
- in fine, une difficulté à couvrir les exigences de SCR.
Afin de contourner cette problématique, Omnibus 2 a introduit la notion de Prime Contra-cyclique (CCP) qui se déclenche dans des situations de marchés stressés et qui est une composante qui se rajoute aux taux swaps pour former le taux d’actualisation. Cette composante additionnelle au taux d’actualisation permet d’éviter la dégradation des ratios de couverture dans la situation actuelle.
A ce stade des travaux, les textes réglementaires ne définissent pas précisément la méthode de calcul de la CCP, mais il semblerait envisageable de définir cette dernière selon la formule suivante :
- CCP = LP + max (0, Ygov(t)-swap’(t))
- où LP = Liquidity Premium, Ygov = taux ECB des états notés AAA et Autres, Swap’ = taux swap diminué de 10bps au titre du spread de crédit
L’ajout d’une composante de type CCP (ou LP) aux taux swaps semble toutefois en contradiction avec les principes fondamentaux de cohérence avec des valeurs de marché de Solvabilité 2, dans la mesure où cela signifierait que les marchés ont tort et qu’ils se corrigeront dans le futur, … ce qui n’est pas nécessairement le cas !
La CCP conduit in fine à ignorer (ou du moins considérer comme temporaire) le risque de crédit sur les obligations d’état de la zone Euro. Cette CCP peut ainsi amener à des mauvaises pratiques de gestion des risques dans la mesure où les compagnies continuent à être incitées à investir dans des obligations d’état et à ignorer les risques de défaut / d’inflation / et de liquidité sur ces dernières.
A ce titre, peut être aurait il été mieux valu ne pas introduire la CCP et accepter que le référentiel Solvabilité 2 conduise à des ratios de couverture affaiblis en période de crise ?
Billet rédigé par Arnaud Burger