Un modèle interne s'appuie d'une manière ou d'une autre sur la description d'un certain nombre de facteurs de risques, exogènes ou endogènes, et de leur structure de dépendance. Depuis les travaux fondateurs de la théorie moderne du portefeuille en 1952, l'hypothèse que les facteurs de risque sont conjointement distribués selon une loi normale a été largement utilisée. Cette hypothèse ramène l'analyse de la dépendance entre les facteurs à la mesure des corrélations existant entre eux.
L'intérêt récent pour la dépendance non linéaire conduit à de nombreuses critiques de l'hypothèse gaussienne, et ce de manière a priori d'autant plus pertinente lorsqu'il s'agit d'estimer un quantile d'ordre élevé (99,5 % par exemple) dans le cadre du calcul d'un SCR. En effet, cette hypothèse conduit à sous-estimer les événements extrêmes, et il est facile de construire des exemples montrant la forte sensibilité du niveau du SCR à la forme de la queue de distribution.
Mais faut-il pour autant renoncer à l'hypothèse gaussienne ? Un examen attentif conduit à une appréciation plus nuancée sur les exemples illustratifs pourraient donner à penser. On peut déjà observer qu'elle permet d'intégrer dans la modélisation un nombre élevé de facteurs : en assurance crédit, le modèle développé par KMV intègre ainsi environ 120 facteurs dans le calcul de la part de risque systématique dans la probabilité de défaut d'un débiteur. Intégrer autant de facteurs avec des modèles utilisant des copules non gaussiennes semble pour l'instant hors de portée. Et la corrélation, avec toutes les limites de cette notion, reste un moyen accessible et simple de quantifier l'intensité et le sens du lien entre les facteurs.
Pour contourner la sous-estimation induite par le choix de l'hypothèse gaussienne, deux approches nous semblent possibles :
- calibrer la matrice de corrélation pour compenser cet effet en aggravant l'intensité de certaines liaisons critiques ;
- conserver l'hypothèse de dépendance gaussienne, mais utiliser des lois marginales non gaussiennes pour les facteurs.
Cette dernière approche, connue sous le nom de méthode NORTA ("normal to anything", voir ce document pour une présentation théorique et cet exemple) nous semble devoir être privilégiée dans les réflexions autour de la modélisation d'un structure de dépendance à la fois riche et opérationnelle.